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Vivre la civilisation de l’image

Tu veux ma photo ?

C’est clair, l’image que nous pouvons construire de nous-même est visiblement influencée par notre culture. Les valeurs du milieu culturel dans lequel nous vivons seront donc prépondérantes. À l’heure du tout à l’image, la représentation, l’image que l’on donne de soi (en opposition au moi réel), ne pourra être qu’importante, valorisante. Et le constat est peut-être plus vrai

encore chez les jeunes. Petite explication.

L’enfant cherche l’image de soi à travers le regard de ses parents auxquels il tente de s’identifier. C’est le fameux stade œdipien (tu sais, ce héros de la mythologie grecque qui tue son père et épouse sa mère) par lequel, inconsciemment, l’enfant prenant conscience du « moi » est jaloux de la relation entre son père et sa mère et essaye de prendre dans le couple la place de son rival.

N’y parvenant pas, il change de tactique et entreprend cette fois de ressembler à son rival (la fille à sa mère, le fils à son père). Avoir sous les yeux le modèle auquel il cherche à s’identifier, va lui permettre de se sexualiser et par là de grandir. Les psys appellent cette période le « stade de latence », celui qui précède la « crise pubertaire ». C’est aussi à ce moment-là que les copains, l’école, les activités sportives ou culturelles commencent à déterminer les goûts et les comportements de l’enfant.

À l’adolescence, l’enfant subit de profondes transformations physiques : il grandit, il prend du poids, il se forme et développe son activité sexuelle. À cet instinct de (sur)vie, s’ajoute celui de l’agressivité. La manifestation, nettement plus importante que par le passé, d’émotions, d’humeurs, de comportements exacerbés, s’explique par les pulsions générées par ces deux instincts (de vie et de mort ; tu suis toujours?). Cela, c’est l’explication psy.

Ce que l’on constate en tout cas, c’est l’importance que prend à ce stade le corps dans le regard sur soi et sur les autres. Haine, joie, honte, plaisir sont des sentiments tour à tour exprimés à l’endroit de ce corps en pleine mutation. L’habillement, la coupe de cheveux, le maquillage vont servir à cacher ce que l’on n’a pas encore accepté, ce que l’on rejette comme faisant pourtant partie de soi ; ou au contraire pour mettre en valeur, souligner une transformation bien accueillie.

Si en outre, ils se réfèrent aux standards de la mode, s’inspirent de l’air du temps (attention, ici c’est pas le parfum de Nina Ricci qu’il faut sniffer), ils deviennent un repère social et signent l’appartenance à un groupe restreint ou élargi à la majorité (c’est selon). Car à l’adolescence, éprouvant le besoin d’avancer, de quitter l’enfance et ses repères, on cherche à renouveler ses identifications. Il s’agit en effet de recomposer une nouvelle identité ou a tout le moins d’adapter, d’affirmer ce qui était déjà là depuis l’enfance. Il s’agit aussi d’intégrer dans cette construction les espérances que nous avons tous en nous, et surtout que nos parents, nos « pairs » et la société aimeraient mettre en nous.

Pas facile, en tout cas de digérer tous ces changements, de maintenir un sentiment de continuité (c’est vrai quoi, je ne suis pas mort) dans un corps qui lui a profondément changé. Faut dire, qu’il y a de quoi être perturbé, éprouver des doutes. En langage  « prout prout », on parle alors de craintes « dysmorphophobiques ».

Pour faire simple, c’est une honte que l’on développe par rapport à un élément ou un aspect de notre corps (le nez, les oreilles, les seins, l’acné, les tifs, la musculature, etc.) et sur lequel, même involontairement, on focalise toute son attention. Plus la pression de la société est forte, plus on y attache de l’importance, plus ces craintes et phobies seront nombreuses (et parfois même imaginaires) et d’autant plus difficiles à assumer.

Qu’elles nous font chier toutes ces belles gueules, ces fesses sans cellulite, ces tablettes de muscles, ces jambes qui n’en finissent pas et qui nous ramènent piteusement à la contemplation d’une réalité qui nous fait gerber. «Oh là, comme tu y vas, surtout faut pas généraliser». Tout à fait d’accord et les exemples sont nombreux d’acné passé inaperçu ou de petites rondeurs bien supportées.

Mais certains, ou certaines, n’y arrivent pas et flippent de ne pas coller à l’image idéale. Mal dans leur peau (parce que tout est misé sur le paraître), perpétuellement insatisfaits (parce que notre société appelle à toujours consommer davantage, à toujours posséder plus), en quête de chimères, (quel que soit le prix et le sacrifice), ils deviennent alors des victimes, des frustrés de l’image.

La dépression, l’alcool, les drogues, les troubles alimentaires, les comportements asociaux, le suicide, les tics et les tocs, attendent leurs proies. Dans l’ombre, une autre menace plane, moins visible, plus sournoise : celle de la superficialité, celle qui peut t’amener à confondre l’image de ton corps et celle de ta personnalité, celle qui te fera croire qu’en supprimant ce que tu détestes au niveau de ton enveloppe extérieure, tu affranchiras ta personnalité de tous ses doutes.

Dernière modification: 16/05/2007


 

 

 

 

 
 
 
 
 
 


 
 

 



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