filles qui ne se trouvent pas belles et qui mal dans leur peau, versent dans des comportements extrêmes : régimes draconiens, chirurgie esthétique, implants de silicone et autres liposuccions
Ce constat ne se limite pas à l’adolescence : notre corps change et il faut apprendre à l’accepter, à s’accepter. La vieillesse aussi peut être belle.
Etre bien dans son être intérieur comme dans la société
Je suis fan de U2 et je collectionne tous les articles où l’on parle d’eux ; je ne loupe jamais un épisode de « Friends » et j’ai même téléchargé la musique sur mon G ; je porte constamment un bonnet, comme Josh Hartnett parce que ça me donne comme à lui un petit air cool et désinvolte qui me plaît.
Suis-je blâmable pour autant ? Accusée de m’asservir aux diktats débilitants, parce que liés au « paraître », de notre société ? Aux dires des psys, pas du tout. C’est même tout à fait normal et conseillé, parce qu’à travers ce mécanisme d’identification, l’être humain part à la recherche de son « moi » idéal.
Mais comme toutes les bonnes choses, il ne faut pas abuser : « à trop vouloir vénérer des géants qui nous font voir la vie en grand, nous ne reconnaissons plus dans nos propres miroirs que des images de nains ». Bel aphorisme du journaliste Nicolas Crousse. Va donc pour l’idéalisation, à condition qu’elle ne devienne pas fusionnelle, obsessionnelle. Empruntons pour construire avec notre propre ciment. Empruntons pour consolider ou mieux, pour chercher à l’extérieur un écho de nous-même qui nous permettra de vivre avec les autres à l’unisson.
Carine, 1,68 m, 95kg. Elle ne correspond pas aux canons imposés par les magazines. Elle a souvent du mal à trouver la taille qui lui convient. À croire que chez Levis ou Mer du Nord, les gros ont fait l’objet d’un génocide et n’existent plus. Mais elle s’en tape. Elle a même défilé pour un grand couturier du prêt à porter.
Quand son petit ami l’embrasse ou lorsqu’elle invite ses amis pour une bonne bouffe, elle est la plus heureuse des femmes. Son job lui plaît, et si pour gravir les échelons, l’aventure s’annonce difficile (être femme et grosse, c’est plutôt un handicap), elle dit qu’elle prendra le temps qu’il faudra. Elle croit en elle, en ses capacités. Elle sait ce qu’elle vaut.
Depuis trente ans (si pas plus) qu’elle fait des apparitions sur les plateaux de télévision, sur les scènes de théâtre ou de music hall, Jane Birkin (c’était déjà l’idole de ma mère, c’est pour dire !) est toujours fringuée pareil. Ou à peu près. Un jean, parfois même troué, une chemise largement décolletée sur une poitrine qui n’existe pas (mais qui est assumée comme telle), et un pull ou un gilet, toujours trop large.
Au journaliste qui la questionnait sur ses habitudes vestimentaires, elle répondit en substance : « Vous me voyez en mini jupe et hauts talons ? Moi non. D’abord parce que je suis incapable de marcher avec ces trucs aux pieds et en plus parce que je ne me reconnais pas dans un tel accoutrement. Je ne suis pas moi, je me mens et je n’ai absolument pas besoin de le faire pour prouver quoi que ce soit aux autres. Je m’assume comme je suis et je me donne à voir comme je suis. »
Deux exemples où s’établit l’équilibre entre l’image que l’on donne de soi et la réalisation personnelle. Deux cas, parmi des milliers d’autres, où il n’y a pas pur et simple asservissement au groupe, ni fermeture aux autres. Deux personnalités qui se sont construites par les deux canaux : celui du cheminement personnel et celui de l’attachement aux valeurs partagées par le groupe et, à une échelle plus vaste, par la société. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi pas toi ? Demande-toi ce que les autres peuvent t’apporter et en même temps, ce que la solitude fera émerger en toi, quelle prise de conscience de toi et du monde elle te fera prendre.
« La clé du bonheur, pouvait-on lire récemment dans un magazine, tient dans l’estime de soi. Estime-toi si tu veux réussir ta vie personnelle et ta vie professionnelle ; estime-toi si tu veux que les autres te rendent la pareille ; estime-toi si tu veux t’épanouir et libérer tes compétences affectives et sociales ; estime-toi si tu veux être à la hauteur de ton destin. »
L’estime de soi est un jugement personnel. Elle correspond à la valeur que nous nous donnons, à l’image que nous avons de nous-même par rapport à celle que nous estimons devoir projeter. Elle dépendra donc de la perception que nous avons de notre corps, de notre physique. Elle découlera aussi et bien évidemment de nos aptitudes, de nos capacités et par-là, de nos réussites ou échecs (scolaires, professionnels, relationnels, etc.). Ici, rien n’est inné. Tout s’acquiert et se construit, évolue (comme l’image de soi d’ailleurs) au gré des bouleversements qui émaillent toute vie, mais aussi et surtout par rapport à la reconnaissance que nous sommes en droit d’attendre d’autrui.
L’estime de soi serait-elle le rempart à toutes les dérives de l’image de soi ? En tout cas, elle oblige à dépasser le simple reflet d’un miroir pour sonder les profondeurs de son moi, pour prendre conscience de ce que l’on est réellement. Il n’y a pas à choisir entre une façade et un intérieur. Sans façade, la maison reste béante, elle ne protège pas ce qu’elle renferme. À l’inverse, sans intérieur, la façade n’est qu’un mur lisse dont la porte et les fenêtres ne s’ouvrent que sur le vide.
Plus tu auras d’estime de toi, moins tu donneras d’importance à l’image. Elle te permettra aussi d’être plus fort dans la souffrance : tu tomberas moins bas, tu te feras moins mal parce que tu auras fabriqué un matelas de confiance, de références, d’assurance sur lequel tu pourras rebondir pour continuer, pour aller de l’avant.