de foot, sur Internet, voire même dans la salle d’attente de notre médecin, l’image et les marques sont omniprésentes.
Ce sont elles qui définissent aujourd’hui les modèles de vie, les comportements, l’imaginaire d’une culture standardisée, mondialisée. L’internationalisme des marques (Nike, Mac Donald, Coca Cola, Nestlé, Apple, Sony, Universal…), Internet, les satellites et leur prolongement télévisuel ainsi que le développement des réseaux et moyens de communication sont à l’origine d’un mouvement socioculturel à l’échelle planétaire qui se traduit par une uniformisation des modes de vie.
Ce n’est ni la politique, ni la religion qui lie le lycéen américain, le footballeur brésilien, le scout français, le danseur africain ou le coursier chinois : les dénominateurs communs, ce sont des pompes, des falzars trop larges, des hamburgers et des shampoings. « Et il n’y a pas lieu de plaisanter avec l’esprit du temps, disait déjà en 1931 le psychiatre et psychologue suisse Carl Gustav Jung, car il constitue une religion, mieux encore une confession ou un credo dont l’irrationalité ne laisse rien à désirer ; il a en outre la qualité fâcheuse de vouloir passer pour le critère suprême de toute vérité et la prétention de détenir le privilège du bon sens ».
En plein dans le mille ! Résultat des courses, si tu ne portes pas le bon logo, si tu ne bois pas ou ne mange pas le bon produit, t’es ringard, t’es out, t’es pas digne de l’estime des autres. Il ne s’agit plus d’avoir et d’être, mais d’avoir pour être. Le pire, c’est que ces modèles, souvent élitistes, s’adressent à tout le monde et partout dans le monde alors que la grande majorité des individus n’ont pas les moyens d’en acquérir les accessoires. Tel est le paradoxe, la grande injustice.
Que véhiculent ces images ? Le culte de la jeunesse et du beau ; l’aisance matérielle et l’épanouissement personnel ; la réussite et l’exploit ; ce qu’il faut posséder et ce par quoi il faut passer pour « être ». « Les choses me donnent une identité, chante Jean-Jacques Goldman (...) J’ai donc je suis (…) J’achète pour être ». Bref, le bonheur à l’état de marchandise consommable. « Aujourd’hui, constate le psychanalyste Jacques Sédat, l’estime de soi n’est plus tant l’estime de soi-même que l’image qu’on doit donner aux autres ». Et c’est là que réside tout le problème.
Sans cesse répétés, martelés, ingérés, ces diktats de la société occidentale nous laissent peu d’échappatoires. Et pourtant, à coup sûr, c’est foutu d’avance. Tu ne pourras jamais coller à 100% au modèle idéal et adulé. Parce qu’il est exagéré, irréaliste, trompeur. La norme qu’on nous propose est-elle réaliste ?
Est-ce qu’une femme normalement constituée doit s’habiller taille 36 ? Si l’on ajoute à cela le rejet de l’échec, la crainte maladive qu’il génère - tendance très marquée et logique dans une société qui privilégie les préceptes de vie et de réussite, il y a de quoi devenir complètement zinzin.
D’où le succès du star-system. Que n’envie-t-on pas Zizou, son talent sans pareil, les millions d’euros de son salaire, sa belle gueule, sa réussite sociale et familiale. Et Laetitia Casta avec son visage enfantin, ses mensurations. Et Madonna ? À presque 50 ans (en 2008), elle est toujours aussi craquante, toujours aussi créative, toujours à la pointe des styles et des tendances, que d’autres plus jeunes et peut-être plus adulés ont peine à suivre. Tous, ils nous font rêver.
Rêve impossible ? Pensez-vous… Et si on se foutait du talent, de la réussite personnelle, parfois longue et laborieuse, qui ont permis à quelques élus de s’imposer au rang de stars ?
Il y a les images qui s’imposent ou qu’on impose, mais aussi celles qu’on fabrique : la Star Academy, la télé réality n’ont pas d’autres finalités que de faire croire à des millions de téléspectateurs qu’il est possible de hisser au rang de vedette, sans faire appel au talent ou au travail, de parfaits inconnus, des gens comme toi et moi ; et cela non pas d’un seul coup de baguette magique (on n’est plus à l’époque de Cendrillon), mais par l’intervention toute puissante de l’image et de son principe de diffusion.
« Illusion, illusion », disait si bien l’ami Pierre Rapsat (notre regretté Pierrot). Pour survivre à cela, il convient de se réconcilier avec sa propre image. Faut pas chercher plus loin le succès et l’engouement pour la nouvelle psycho-philosophie du XXIe siècle : le « Développement personnel » (« DP » pour faire chic et chébran). Mieux vivre sa vie, est une valeur qui monte (vis ta vie, vis la bien…).