Note pour cette partie: pour lui donner un ton plus historique, l’auteur a choisi le «passé simple», temps (presque) oublié par (presque) tout le monde!
Excusez-le, et que les plus dépassés d’entre vous fassent l’exercice de remplacer chaque verbe («mot d’action ») un peu compliqué par le même verbe dans une forme plus simple, que vous connaissez et que vous utilisez pour une action qui s’est passée dans le passé (= «hier», «jadis», «il y a longtemps», «dans l’ancien temps», «avant Garou, Céline Dion et la Star Academy», …).
Nous rédigeâmes ceci en espérant que notre littérature fusse à la portée d’un maximum d’entre vous…
Le cannabis est une des plus anciennes plantes cultivées par l’homme. Avant de commencer à le fumer goulûment, l’homme lui trouva des applications plus unanimement considérées comme utiles à sa survie et à son épanouissement: la confection de tissu et de papier.
Ce sont nos amis Chinois qui découvrirent (en 10 000 avant J-C!) que l’on pouvait retirer des fibres très solides de la tige de cette plante. L’histoire ne dit pas ce qu’ils faisaient du reste… Une bonne soupe probablement! Les fleurs de la plante étaient en tout cas utilisées pour soigner les blessures de guerre, et ce des milliers d’années avant notre ère: dans les fumoirs bien informés, on avance la date du XVIIIème siècle avant J-C!
Ces mêmes Chinois, quelque peu égoïstes, il faut bien l’admettre, gardèrent jalousement le secret du papier de chanvre et les Européens, quelque peu à la masse, il faut bien l’admettre, ne découvrirent cette technique qu’au XIIIe siècle… après J-C!
Au IIIe siècle après J-C, l’empereur romain Gallien, le seul rasta célèbre de l'antiquité, recommandait chaleureusement la consommation de cannabis qui, selon lui, entraîne joie et allégresse.
Les premiers Chrétiens et leurs successeurs ne partagent absolument pas son point de vue et diabolisent le cannabis qu’ils associent aux pratiques sataniques très à la mode ces années-là. En conséquence, le chanvre ne sera plus utilisé pour ses effets psychotropes ( = "qui agit sur le mental") pendant plus de 1500 ans! Ou alors les fumeurs de shit étaient plus discrets qu'aujourd'hui!
Les propriétés psychotropes du cannabis ne reviendront au goût du jour dans nos contrées qu’au XIXe siècle. La mode est à l’Orient et ses 1001 mystères. Cette vague orientale influence les fringues (On met des babouches et des keffiehs pour un oui pour un non!), la déco intérieure (On met des tapis au mur et des coussins par terre pour un oui pour un non!) et les destinations de voyages (On voyage en Orient, point!).
De plus, histoire de se mettre dans l’ambiance, les plus branchés fument la pipe à eau, alors appelée "Mouga", bourrée à ras bord de shit libanais de derrière les fagots!
Parmi ces "cools" du 19e siècle, un groupe d’artistes et d’écrivains fonde d’ailleurs le célèbre "Club des Hachischins" qui veut bien dire ce qu’il veut dire... Dans ce club, on retrouve quelques pointures de la littérature et de la peinture françaises. En vrac: Gérard de Nerval, Alexandre Dumas, Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Eugène Delacroix…
Ces respectables messieurs dégustaient dans de petits salons feutrés de grandes tartines de pain complet nappées de confiture de haschisch. Ce n'est que des années plus tard que Monsieur Nutella remplaça le haschisch par des noisettes pour des raisons encore mystérieuses aujourd'hui...
A la même époque, des émigrants indiens ne trouvent rien de mieux à faire de leur temps libre que d’apporter des plants de cannabis au Mexique. Les Mexicains apprécient beaucoup son goût et ses effets, mais trouvent son nom ringard à en mourir. Ils la rebaptisent aussitôt "marijuana", beaucoup plus chantant selon eux.
Au XXe siècle, les Européens jugèrent plus opportun de s’entretuer pendant deux guerres mondiales que de perdre leur temps à fumer des joints à longueur de journée; et ce n’est que dans les années ’60 que le cannabis refit son apparition sur la scène européenne avec le mouvement hippie.
«Paix, amour, liberté et fleurs (de cannabis bien sûr!) », tel était le credo de ces jeunes chevelus qu’étaient vos parents, ou en tous cas certains de leurs amis. Incroyable, non? La consommation de cannabis est encouragée par de nombreuses stars de rock de l’époque. Les Beatles, John Lennon en tête, choquent l’Angleterre bien pensante avec leur message ouvertement pro-cannabis. Les Lou Reed, Jimmy Hendricks, Janis Joplin et autres Pink Floyd et Jefferson Airplanes ne font pas toujours preuve d’une grande motivation pour cacher leur attirance pour le cannabis!
Ni d’ailleurs malheureusement pour d’autres substances illicites encore beaucoup moins recommandables. Pour compléter le tableau, les mêmes personnes ne se privent pas non plus de consommer d’autres substances, licites celles-là mais tout aussi dangereuses en cas d’abus, comme l’alcool. Sans même parler du tabac… Bref, la totale, qui en conduisit plus d’un à la folie et la mort.
Une dizaine d'années plus tard, les rastas de Jamaïque, Bob en tête, fument la "ganja", littéralement « nourriture de l'esprit», tout un programme.
Un autre programme tout aussi audacieux est celui des Hollandais qui dépénalisent le cannabis; dès les années '70, les fameux coffee shops font leur apparition le long des canaux d'Amsterdam.
Depuis le début des années '90, la plupart des pays européens s'engagent dans une politique de répression de plus en plus souple par rapport aux petits consommateurs de cannabis. La Belgique n’est pas en reste, même si un flou artistique typiquement belge entoure encore notre (future!) Nouvelle législation.