Accueil | Choix de région | Adresses et liens utiles | Contacts | FAQ | Rechercher

 

Une histoire floue

Je n'ai jamais rien compris à toute cette histoire, tout me parait si flou. Je pensais pouvoir y arriver tout seul, comme un grand. Mais il faut croire que je ne grandirai jamais. Ce n'est pas ma faute, les autres évoluent si vite ! Je suis resté un enfant, comme Peter Pan, et on me parle de responsabilité. Pourtant, cette fois-ci je pensais que...
Je pensais que j'allais enfin arriver à vivre seul ; à me passer de mes parents et que j'arriverais à mener ma vie comme un grand. Quel bel échec… Je suis sans doute parti trop tôt. Majeur mais pas adulte, responsable seulement aux yeux de la loi. Les faits, eux, sont tout autres… Pourtant, tout avait bien commencé : un petit boulot pas trop mal payé, un appartement pas loin de là et une confiance en moi en béton armé. Un conte de fée, je pense qu'on peut le dire. J'avais juste omis que dans les contes de fée, il y a toujours un méchant, et il a bien des visages. Cette fois-ci, il a pris le visage de la vertu, sous le masque de cette charmante fille que j'ai rencontré dans ce parc un jour d'automne, entre deux arbres en train de pleurer leurs feuilles. Je revois encore ses cheveux brun clair virevolter au gré du vent, sa veste qu'elle avait fermée jusqu'à son cou, l'écharpe qui lui masquait une partie du visage. Cette même écharpe qui, soumise au caprice d'une bourrasque, s'est envolée. Il a fallu qu'elle tombe à mes pieds, c'était écrit. Je l'ai ramassée, la lui ai rendue et nous avons discuté, discuté des heures durant : le soleil avait eu le temps de se coucher, la pénombre emplissait l'espace et la pluie fit son entrée. Je l'ai raccompagnée à son arrêt de bus, je n'aurais pas dû. Son dernier bus venait de passer devant nos yeux. J'aurais dû la laisser là. Je n'en ai rien fait, je lui ai même proposé de venir passer la nuit chez moi. Elle a accepté. Nous avons passé la nuit ensemble, je veux dire, dans mon appartement : je lui avais laissé mon lit, moi j'avais le canapé. Pendant la nuit, elle s'est réveillée, affolée par le tonnerre, elle a déboulé dans la pièce. J'ai allumé la lumière et pour la réconforter, lui ai offert un verre. J'ai dit un verre ? Je rectifie, nous avons bu une bouteille de vodka à deux. Vu notre état d'ébriété avancé, l'inévitable a fini par arriver. Elle m'a embrassé. Je vous fais grâce de la suite, vous la connaissez déjà. Nous avons vécu ensemble durant neuf mois, tout allait bien. Un soir, elle est rentrée avec de la drogue, héroïne, saleté ! Je n'avais jamais essayé alors il était important pour moi de le faire. Nous avons tous les deux commencé petit, une ligne et c'est tout. Ça nous a plu, on est passé à deux. Puis ça a été l'escalade : nous en sommes venus à nous l'injecter : elle ne faisait plus assez d'effet. Ma paye y passait, la sienne aussi. Bientôt nous avons eu des loyers de retard. On s'en fichait bien, on était drogué jusqu'à la moelle. Par la suite, je n'allais même plus au boulot, je m'étais pas mal endetté. Mon compte avait atteint sa limite en négatif, le sien aussi. Mon épargne n'était plus qu'un souvenir et nous étions un manque. Que faire ? Prostitution ? Vols ? Dons d'organe ? Dons de moelle ? Seul le vol nous était possible : on était trop stone pour s'exciter, trop drogué pour donner du sang et trop couillons pour la moelle. On a débuté calmement, une petite vieille de temps à autre, entre deux doses. Ensuite, on s'est attaqués aux maisons. On était plutôt bons : la drogue s'accumulait, le nombre de seringues dans la poubelle aussi et nous avions même réussi à payer les loyers en retard. Seulement, à avoir trop, on prend trop. Elle a fait une overdose. Mon état était si déplorable que je ne l'ai réalisé que le lendemain matin. Vilaine descente ! Se réveiller devant le visage bleu et plein de vomi de celle qu'autrefois celle que vous aimiez… C'est un bien sale moment ! C'est là que j'en suis à présent : un appartement plein d'héroïne, des seringues partout, le bras rempli de trous et une morte sous mes draps… Voici mes dernières confessions ; voici pourquoi j'en suis arrivé là ; voici pourquoi ce soir, je vais me coucher, de la merde plein les veines et ne jamais, non ne jamais me réveiller. Et dans quelques jours vous trouverez cette lettre, quand l'odeur de nos corps en putréfaction sera tellement forte qu'elle vous fera vomir, quand la vue de nos cadavres pleins de gerbe vous sera gracieusement offerte par vos hôtes.
Amaury, 19 ans.

Dernière modification: 22/05/2007


 

 

 

 

 
 
 
 
 
 


 
 

 



Accueil | Adresses et liens utiles | Contacts | FAQ | Rechercher

Ifeelgood copyright 2004-2008 | Vie privée