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Après l’école

Noémie est là. Comme tous les jours après l’école, elle fait un détour avant de rentrer à la maison. A onze ans, Noémie n’est plus une enfant. Elle est la plus grande de sa classe et sa poitrine naissante attise la jalousie de ses petites camarades.
Il est un peu moins de dix-sept heures. Depuis une semaine le soleil pense enfin à se coucher un peu plus tard. La douce lumière de cet astre lèche la longue chevelure rousse de la jeune adolescente. Le vent ne perturbe pas l’attention de la jeune fille. Tout est calme dans la rue quand son corps élancé s’arrête net devant une vitrine. Ses yeux gris-bleu pétillent alors que ses pupilles s’ouvrent toutes grandes.
« Pourquoi faut-il que nous habitions tout près de ce magasin ?» dit-elle du haut de son mètre cinquante-sept.
Ses doigts longs et fins triturent le bas de son gilet blanc. La tirette émet un petit cliquetis nerveux. Son coeur bat un peu plus rapidement, sa respiration se fait plus haletante. Elle hésite à rentrer, à franchir le pas de la boutique.
Comme chaque jour, cet instant qu’elle attend depuis le matin devient une vraie obsession. Elle sait que ce n’est pas bien, elle sait qu’elle est accro et elle sait qu’elle doit pouvoir y résister. Mais comment peut-elle s’imaginer freiner cette terrible envie qui lui ronge l’estomac depuis qu’elle a trois ans ?
Oui, tout à commencé à cet âge. Inconsciente de la folie qui allait gagner sa fille, Martha lui achète chaque fois la même chose. Un petit paquet de forme ovale. Toujours emballés pour le plaisir, ce n’est plus une surprise pour Noémie. Elle sait ce que c’est mais continue à deviner rien que pour le plaisir de chercher la couleur, la taille, le nombre de ces petites choses. Une fois qu’elle a trouvé, elle déballe le papier si délicatement qu’on peut croire qu’un objet précieux et fragile s’y cache dessous.
Depuis ce jour, rien que la vision de ces toutes petites choses sucrées provoque en elle une ébullition de sentiments, une explosion d’hésitations. Elle s’est même persuadée qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans un de ces petits délices. Et chaque jour, après l’école, elle met un temps indéterminé mais néanmoins court à se décider d’en acheter.
Le pas hésitant, les mains tremblantes, elle choisit enfin trois bonbons. Le vendredi est le jour des petites cerises molles. Le commerçant, habitué depuis le temps à son manège, garde patience et sourit à Noémie quand l’enfant lui tend la pièce jaune.
Pour ne pas se faire remarquer et rouspéter, Noémie met rapidement sa première sucrerie dans sa bouche. Un moment d’extase envahit alors son palais. Des pulsions électriques émoustillent davantage une partie de son cerveau. Sa langue contourne le bonbon puis sa mâchoire s’active énergiquement. Il ne reste bientôt plus rien de la cerise. Les petits morceaux trouvent naturellement la voie de la gorge. Sa glotte remonte à peine que sa main moite qui contient les deux autres sucreries arrive à ses lèvres.
Moins d’une dizaine de maisons la séparent de son domicile. Il faut faire vite. La deuxième petite friandise à moins d’attention. Elle est plus rapidement découpée et encore plus hâtivement avalée. Enfin, quand Noémie arrive à deux pas de sa porte, elle jette sa troisième douceur directement dans son gosier. Celle-ci n’a même pas le temps de faire connaissance avec les dents, elle passe directement dans l’estomac, intact.
La clé dans la serrure, Noémie croit que le terrible moment est passé. Assez de sucre dans le sang, elle se laisse aller et relâche sa tension. Soudain, son estomac se contracte à l’idée du lendemain…
Cécile Ramaekers 08/05/2007

Dernière modification: 22/05/2007


 

 

 

 

 
 
 
 
 
 


 
 

 



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